Envol du Phénix, site accompagnant les transformations en cours.

        Libération et conscience - Page 4 


 
 
On pourrait dire qu'il y a un « état de préparation », que quelque chose se rend disponible quand la conscience est reconnue...
Oui, il faut qu'il y ait l'espace pour remettre en cause la croyance au moment du mouvement de la conscience. Mais si on a une croyance, on ne la voit pas en tant que croyance, on en est persuadé... Donc, quand on vient à être heurté par quelque chose, là arrive l'opportunité d'un changement de conscience. Si on est entouré de personnes qui ne remettent pas en cause nos convictions, qui nous permettent de vivre dans une douceur, dans un cocon, il n'y a pas ce coup de déstabilisation de la conscience qui fait qu'elle va être tellement mal que, du coup, elle va se coller ailleurs. Il me semble aussi que, pour beaucoup, cela passe par une phase de colère, colère qui peut être intérieure mais qui naît de la violence de la remise en cause.
 
C'est comme s'il y avait un point de passage, un chas de l'aiguille... Alors, je ne sais pas si c'est un moment ou un lieu, ou ni l'un ni l'autre. C'est un point que l'on ne peut pas localiser sur le chemin, qui est hors-chemin, qui n'est pas l'aboutissement du chemin, qui est sans référence spatio-temporelle. Il semble qu'il y ait ce point par lequel il faut passer, et qui est donc souvent expérimenté sous forme de mort symbolique... cette traversée du voile qui peut être une expérience violente... Est-ce que tu peux repérer un point ou un moment, comme étant celui du passage, ou du basculement ?
Oui, il y a un moment, un instant... Oui, il y a un avant et un après, qui pour moi correspond au moment où il y a eu la reconnaissance de la conscience. L'endroit où cela s'est passé et le moment où cela s'est passé sont donc extrêmement précis, même si le temps et l'espace n'existent pas et que tout cela fait maintenant partie des cases-mémoire. D'ailleurs, je change de sujet, mais comme on parle d'un moment et d'un lieu qui fait référence à l'ici et maintenant, eh bien une des choses qui disparaît est justement l'ici et maintenant, parce que si le temps disparaît et si l'espace disparaît, il n'y a ni ici ni maintenant. L'ici et maintenant est le point de focus de l'expérience qui permet l'éveil ou le passage dans l'Etre, mais si le passé et le futur n'existent pas, le présent n'existe pas non plus. Je simplifie un peu, mais on pourrait dire que l'ici et maintenant est le chas de l'aiguille aboutissant au fait qu'il n'y a même pas d'ici et maintenant.

Pourtant les apôtres de l'ici et maintenant disent que seul existent l'ici et maintenant, que le passé et le futur sont illusoires. Les témoins de l'ici et maintenant comme Eckart Tolle font la démonstration inverse de la tienne : le passé et le futur ne sont que des instants présents ayant eu lieu ou n'ayant pas encore eu lieu, il n'est que l'instant présent, d'instant en instant...
C'est pourquoi je parlais bien du fait que l'ici et maintenant est un « outil », en tout cas un élément important,  pour réaliser le Soi. Mais l'ici et maintenant fait bien partie de l'illusion, comme tout fait partie de cette illusion... Il s'agit simplement, à un moment donné, de ne plus s'égarer au sein de l'illusion pour reconnaître l'illusion. C'est là que l'ici et maintenant est utile. Je n'ai pas dit que l'ici et maintenant n'avait pas de valeur ou que l'Etre n'avait pas de valeur, simplement l'ici et maintenant concerne aussi l'illusion. Je ne pense pas que des êtres ayant atteint la Libération évoquent l'ici et maintenant, ou s'ils l'évoquent, ils l'évoquent comme un chemin vers le Soi. Cela avait généré pour moi un grand éclat de rire, le moment où il y a eu prise de conscience que l'ici et maintenant n'existait pas, que même cela faisait partie de l'illusion...
En fait, rien de ce qui est perçu, vécu, au sein de la personne ou de l'Etre, ne permet de se libérer de la personne et de l'Etre. Donc tout ce qu'on va pouvoir percevoir avec les outils de la personne sera illusion, puisque ce sont les outils mêmes de perception de l'illusion. La vue est un outil de perception de l'illusion, l'odorat et l'ouïe aussi. Il n'est pas question de rejeter tout ça, il est question de le reconnaître comme illusoire. Et ça n'est pas parce qu'il y a reconnaissance de l'illusion qu'il y a rejet.
 
Oui, c'est pourquoi il y a cette discontinuité entre les outils de la perception et le vécu de la Libération... Est-ce que justement il n'y a pas un chaos préalable, qui correspondrait à un état de disponibilité ? Tony Parsons parle de « readiness », un état d' « être prêt » qui fait que certains vont basculer et d'autres non. Et cet état d' « être prêt », je me demande si cela ne se manifeste pas par un chaos, un moment où il n'y a plus de repères...
Là, tu nous amènes sur le sujet du chaos... S'il y a une notion « d'être prêt », elle implique une souplesse de la conscience (je reviens toujours à la conscience car c'est le point d'appui), c'est-à-dire le fait de ne plus être déstabilisé par quelque information que ce soit, parce qu'il y a une sorte de plasticité de la conscience qui peut accepter tout et son contraire. Si on peut vivre, par exemple, en acceptant parfaitement l'idée que l'on va mourir le jour-même ou le lendemain et que, dans le même temps, on est capable d'avoir une discussion sur un projet de vie qui nous amène sur vingt ans, alors cela signifie que cette plasticité est présente. C'est un exemple, et c'est exactement ce que j'ai pu vivre : être capable d'avoir des conversations qui, si on les avait mises côte à côte, paraîtraient ensemble complètement illogiques, complètement chaotiques, sauf que sur l'instant, c'est la discussion qui se présente, c'est ce qui se passe. Le fait que cela ne crée aucune tension peut effectivement être une représentation de l'état d' « être prêt » dont tu parles. Mais je ne suis pas sûr d'avoir répondu complètement à la question...
 
Si, la question était : « Es-tu passé par une étape de chaos, dans le sens de totale disponibilité et en même temps perte de repères ?... »
Alors, je vais rajouter qu'il y a un passage par une forme de néant - volontairement, je n'utilise pas le mot chaos, mais cela peut y ressembler effectivement - et d'accueil de ce néant, qui est peut-être le dernier pas (et je ne sais même pas s'il y a des pas). D'ailleurs, est-ce que ça n'est pas la conscience qui, se sentant débusquée, cherche à nous rattacher sans arrêt ? La conscience va chercher à se coller partout, y compris à des choses drôles, comme par exemple se coller à un groupe, puisqu'elle ne peut plus se coller à la personne... Donc, oui, il y a cette forme de chaos, avec le fait que, dans les derniers instants, quand la conscience se colle, ça fait mal ! On se sent vraiment mal... Et c'est là que peut résonner avec encore plus de force le fait que notre ennemi nous apporte plus sur le chemin que notre ami, dans le sens où ce qui vient nous faire mal à ce moment-là, permet de dire : « Tiens, la conscience est collée. » En tout cas, oui, cela permet de débusquer la conscience, de voir qu'elle est collée. On ne voit pas forcément à quoi elle est collée, on voit qu'elle est collée, on sait qu'elle est collée, parce que là il y a souffrance. Car, encore une fois, même s'il y a douleur physique, si la conscience n'est pas collée, il n'y a pas souffrance.
Le chaos, c'est un peu l'état permanent, dans le sens où les choses arrivent sans raison. Il n'y a plus de causes, il n'y a plus de conséquences aux actions. Du coup, du point de vue du regard de la personne, et même du point de vue de l'Etre, c'est un chaos, dans le sens premier, c'est-à-dire quelque chose dans quoi il devient impossible de se repérer, où il n'y a pas non plus de désagrément : c'est juste là.
 
Cela me fait penser un peu à une soupe quantique, où rien n'est qualifié, orienté, localisé...
Oui, une chose apparaît puis disparaît...
 
Il n'y a pas de hiérarchie non plus, pas d'ordre, pas de chronologie... Il n'y a ni temps ni espace dans le chaos, non ?
Oui, et du coup, quand la conscience est posée sur la personne, on est habitué à ce que telle chose arrive pour telle ou telle raison, mais si on observe attentivement, tout ça est complètement fictif, ou alors les raisons sont tellement multiples... Une fois libéré, les choses simplement arrivent, apparaissent, disparaissent, ce qui donne une impression de chaos, puisque aucune raison n'est à trouver pour l'apparition de ce qui se passe.
 
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